Un Livre d'Heures à l'usage du diocèse

Marie-Claire Waille, Karine Rebmeister, Conservateurs du Patrimoine
Bibliothèque d'étude et conservation

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(et une énigme à résoudre, peut-être par vous, curieux, amateur ou spécialiste de généalogie ou d'héraldique...des armoiries peintes restent à identifier...)

La bibliothèque municipale s'est enrichie en 2003 d'un manuscrit remarquable, grâce à une aide conséquente des Amis des Musées et des Bibliothèques.
En effet, a pu être acheté en vente publique, avec un financement tripartite (Amis, Ville de Besançon, Etat), un livre d'heures enluminé à l'usage du diocèse de Besançon, réalisé au 15ème siècle par un artiste «bourguignon» de Dole ou de Besançon. La participation des Amis a été déterminante pour cette acquisition.

Ce livre d'heures manuscrit à l'usage de Besançon, qui date de la fin du 15ème siècle, vraisemblablement des années 1470-1490, sera ainsi le septième à figurer dans les collections de la bibliothèque. Parmi les six autres, cinq figuraient dans les collections d'origine de la bibliothèque (on pourrait ajouter à cet ensemble le splendide livre d'heures plus tardif, réalisé par un atelier flamand en 1540 pour Marguerite d'Achey, sœur du cardinal Antoine de Granvelle); le sixième, exécuté par un atelier bisontin autour de 1430 et qui a appartenu à la famille Valle de Besançon, a été acquis en vente publique en 1987.

Il s'agit d'un livre d'heures, un livre de prières et de dévotion à l'usage des laïcs, en latin; de tels recueils se constituent à partir du XIVème siècle; la production des Heures manuscrites explosent littéralement à partir du début du XVème siècle (ce succès sera encore amplifié par l'imprimerie). Présents dans beaucoup de foyers, ils aidaient à la prière tout en étant objet de prestige.

Leur composition s'est fixée assez vite et s'articule autour du petit office de la Vierge, la piété laïque imitant la prière ecclésiastique des heures canoniales qui ont donné leur nom au nouveau livre. Ainsi, notre manuscrit comprend, comme la plupart des livres d'heures, un calendrier, des extraits des Evangiles, les prières à la Vierge dont l'illustration atteste l'importance du culte marial à la fin du Moyen Age, les heures de la Croix, les heures du Saint-Esprit, les sept Psaumes pénitentiels, les litanies et l'office des morts, enfin diverses prières dont certaines sont en français.

Ce livre d'heures est à l'usage propre du diocèse de Besançon (l'unification des usages liturgiques ne se fera qu'à partir de la fin du 16ème siècle) : en atteste dans le calendrier la large place aux saints et évêques locaux (saints Ferréol et Ferjeux, les évêques Antide et Claude en juin; la translation de saint Ferréol en mai; la dédicace de l'église Saint Jean l'Evangéliste en mai et celle de l'autel de Saint Etienne en octobre).

Ce manuscrit de 62 folios se caractérise par un format plutôt grand pour un livre de dévotion (22 cm sur 16,5 cm). L'illustration comporte onze miniatures pleine page à marges fleuries, qui introduisent les différentes heures. Le petit office de la Vierge présente ainsi sept miniatures (Annonciation pour matines, Visitation pour laudes, Nativité pour prime, Annonce aux bergers pour tierce, Présentation de Jésus au temple pour none, Fuite en Egypte pour vêpres, Couronnement de la Vierge pour complies (il manque la miniature au début de sexte, sans doute une Adoration des mages).
Les autres Heures sont également marquées par une enluminure pleine page : Crucifixion pour les heures de la Croix, Pentecôte pour les heures du Saint-Esprit, le repentir du roi David pour les psaumes pénitentiels, une scène de funérailles pour l'office des morts.
L'ordre des textes et leur illustration, du calendrier à l'office des morts, rappelaient ainsi aux possesseurs de ce livre la dimension eschatologique de la vie, qui s'inscrit dans le temps du salut chrétien qui se déroule de l'Annonciation à la Pentecôte, pour aboutir, après la mort, au jugement dernier, à la fin des temps.

Des miniatures plus petites ponctuent les extraits des quatre Evangiles (saint Jean, saint Nicolas, sainte Catherine, sainte Marguerite, sainte Barbe).
Les marges sont ornées de roses, bleuets, œillets, fraises, pâquerettes... au milieu de rinceaux bleu et or; des animaux (paon, singe, escargot), des créatures fantastiques (dragons) ainsi que deux petits personnages musiciens (un flûtiste, un cornemuseux), s'ébattant dans ces bordures et encadrements.

Ce livre a été calligraphié et enluminé dans le même atelier, les figures sont toutes de la même main.
Stylistiquement, l'auteur de ces enluminures semble se situer dans la mouvance du «maître des prélats bourguignons», révélé dans l'ouvrage de Nicole Raynaud et François Avril, Les manuscrits à peinture en France 1440-1520.

L'illustration de ce livre d'heures se caractérise aussi par une décoration héraldique et il s'agit là d'un des aspects du manuscrit qui reste à déchiffrer. En effet, si les inscriptions effacées au verso du dernier feuillet (sans doute par un propriétaire ultérieur) mais lisibles à la lampe de Wood, attestent d'une présence de ce livre en Franche-Comté au XVIIème siècle ( ces trois mentions manuscrites des années 1608-1610 transcrivent des naissances dans la famille des sires de Mugnans; c'est aussi au XVIIème qu'il a vraisemblablement été relié sous une sobre basane), il reste à identifier les armoiries peintes.
Ces armoiries (les premiers d'azur à six coquilles d'argent, accompagnées en cœur d'un soleil d'or; les secondes d'azur à la fasce d'or, accompagné en chef de trois pointes renversées d'or, et en abîme d'une quartefeuille d'argent) sans doute contemporaines de l'exécution du livre, apparaissent souvent, ainsi que le monogramme fait de deux G répété dix fois dans les marges. Au verso du folio 43, juste avant l'office des morts, figure une grande composition héraldique avec les premières armoiries.

Ce manuscrit possède une grande unité, tant par son impeccable calligraphie d'un seul jet que par son illustration. Témoignage de dévotion mais aussi objet d'art, son acquisition contribue à enrichir les fonds de la bibliothèque, tout en incitant à une étude plus approfondie des livres d'heures à l'usage de Besançon.

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